Le VEMS (volume expiratoire maximal seconde) est un indicateur clé du fonctionnent pulmonaire, dont la diminution chez un patient actif pose des enjeux diagnostiques et pronostiques majeurs, particulièrement en contexte hospitalier.
  • La baisse du VEMS peut être révélatrice d’une progression de pathologie obstructive, d’une complication aiguë ou d’une erreur technique de mesure.
  • L’interprétation nécessite de croiser le résultat avec l’évolution clinique, les antécédents, les traitements, la comorbidité et l’exposition environnementale.
  • À Lyon, le contexte local (prévalence de l’asthme, BPCO, facteurs professionnels spécifiques, pollution urbaine) doit être pris en compte.
  • L’analyse doit intégrer aussi bien la situation du patient (âge, statut tabagique, observance, exposition professionnelle) que la reproductibilité des résultats spirométriques.
  • Une démarche rigoureuse guide vers la bonne cause : exacerbation, dégradation chronique, cause cardio-pulmonaire associée, ou artefact interprétatif.
  • L’implication de l’équipe hospitalière (pneumologue, kiné, infirmier, aide sociale, etc.) est essentielle pour ajuster prise en charge et prévention des rechutes.

Le VEMS : repère fondamental en pneumologie, mais paramètre multifacette

Le VEMS (Volume Expiratoire Maximum en Seconde) mesure le volume d’air expulsé avec force durant la première seconde d’une expiration forcée, à partir d’une inspiration complète. Il s’agit du marqueur principal de l’obstruction bronchique, mais aussi d’un outil de suivi évolutif global du patient. Sa valeur dépend de multiples facteurs : l’âge, la taille, le sexe, l’origine ethnique, mais aussi, et surtout, de la technique de réalisation et du contexte physiopathologique au moment du test (ATS/ERS 2019).

  • À Lyon, les laboratoires de fonction respiratoire sont équipés de spiromètres calibrés, avec un personnel spécifiquement formé. Pourtant, 5 à 10 % des examens présentent des difficultés d’interprétation liées à la collaboration du patient ou à la technique utilisée (source : CHU Lyon Sud, données internes).
  • La variabilité naturelle du VEMS dans la journée peut atteindre 8 % chez des sujets stables. Elle doit être prise en compte avant de conclure à une authentique baisse pathologique.

Différencier la baisse incidente et la baisse progressive : étape clé de l’analyse

Toute diminution du VEMS n’a pas la même gravité. On distingue :

  • Baisse aiguë ou incidente : installation rapide, parfois brutale, associée/ou non à une majoration des symptômes, évoquant souvent une exacerbation, une surinfection, ou une complication intercurrente (embolie pulmonaire, pneumothorax, etc.).
  • Baisse progressive : déclin lent, sur plusieurs mois ou années, compatible avec l’évolution naturelle d’une maladie chronique (BPCO, asbestose…), d’autant plus si les facteurs de risque sont toujours présents (tabagisme, exposition professionnelle).
La rapidité et le mode de survenue sont déterminants pour guider l’urgence de la prise en charge.

Interrogatoire et examen clinique : le retour au fondamental

La fiche de suivi hospitalier doit toujours intégrer un interrogatoire précis et un examen clinique ciblé, éléments cardinaux pour orienter l’interprétation du VEMS :

  • Changement récent des symptômes respiratoires (dyspnée, toux, expectorations, sifflements…)
  • Statut tabagique : patient ayant repris la cigarette ? Arrêt récent ?
  • Adhésion au traitement inhalé, technique d’utilisation
  • Modification de l’environnement : travaux, exposition professionnelle nouvelle ou majorée
  • Symptômes extra-respiratoires (fatigue, prise de poids, signes d’insuffisance cardiaque…)
  • Événements intercurrents (infection virale, hospitalisation, intervention chirurgicale)

L’observation au lit du malade, l’écoute du patient et le recueil du carnet de bord (pour les patients asthmatiques notamment) apportent souvent des éléments précieux pour ajuster l’interprétation.

Revue des principales causes d’une baisse du VEMS chez le patient actif

Principales étiologies d’une baisse du VEMS en hospitalisation à Lyon
Cause Mécanisme Contextes cliniques ou facteurs favorisants
Exacerbation d’asthme ou de BPCO Inflammation aiguë (allergène, tabac, infection) Non observance, infection aiguë, allergènes saisonniers (pollens à Lyon en mars-juin)
Infection respiratoire (bronchite, pneumonie) Obstruction transitoire, réaction inflammatoire Périodes hivernales, épidémies virales, patients immunodéprimés
Erreur technique ou mauvaise collaboration Mauvais effort, fuite, toux, apprentissage Nouveaux patients, vieillissement, trouble cognitif
Complication cardiaque Œdème pulmonaire, mauvais remplissage ATCD d’insuffisance cardiaque, vieillissement, comorbidité coronarienne
Progression de fibrose pulmonaire ou maladie interstitielle Rigidité parenchymateuse Patients avec connectivite, exposition à poussières, contexte professionnel lyonnais (industrie chimique, bâtiment)
Désamidification médicamenteuse ou diminution thérapeutique Réduction efficacité corticoïdes/inhalateurs Changement traitement récent (générique/substitution), défaut renouvellement pharmacie

Importance du contexte local : spécificités lyonnaises

Lyon, ville industrielle et métropolitaine, présente certaines particularités épidémiologiques à intégrer dans le raisonnement clinique :

  • Pollution atmosphérique : Pics réguliers d’ozone et de particules fines, particulièrement dans le 7ème et 8ème arrondissements, favorisent les exacerbations de pathologies obstructives (source : Atmo Auvergne-Rhône-Alpes).
  • Expositions professionnelles spécialisées : Présence d’industries chimiques, de l’industrie textile et du bâtiment, expose les actifs à des agents sensibilisants ou irritants (amiante, silice, isocyanates, etc.).
  • Diversité ethnique et sociale de la population hospitalisée, multipliant la gamme des étiologies potentielles, avec une vigilance particulière sur la tuberculose ou les séquelles de pathologie respiratoire antérieure.

Démarche d’évaluation : du résultat spirométrique à la décision thérapeutique

Interpréter une baisse du VEMS relève d’une démarche séquentielle :

  1. Vérification de la reproduction et de la qualité de la mesure : Plusieurs essais : au moins trois manœuvres acceptables dont deux reproductibles (moins de 150 ml d’écart selon ATS/ERS).
  2. Analyse de la variation : Une baisse supérieure à 12 % et 200ml par rapport au VEMS de référence est généralement significative, surtout si elle s’accompagne d’une aggravation clinique (source : GOLD 2024, GINA 2023).
  3. Mise en perspective avec les antécédents : Situer le VEMS par rapport au point de départ du suivi ; un patient BPCO stable depuis trois ans perd rarement plus de 30 ml/an, sauf facteur aggravant.
  4. Recherche des facteurs déclenchants : Interroger l’exposition récente, l’infection, la modification du traitement, l’observance.
  5. Contact et coordination pluridisciplinaire : Signalement rapide au médecin référent, possible sollicitation du kinésithérapeute respiratoire, mise en place d’une surveillance rapprochée si besoin.

Cas clinique typique et pièges fréquents

Prenons le cas d’un patient de 46 ans, ouvrier du bâtiment, suivi depuis 6 ans en consultation de pneumologie au centre hospitalier Est de Lyon pour une BPCO modérée. Dernier VEMS connu : 2,10 L (70 % théorique). Nouvelle mesure : 1,85 L. Dyspnée majorée depuis 2 semaines, toux grasse, légère fièvre, pas de modification du traitement, mais pics de pollution signalés la semaine précédente.

  • Réfléchir : Infection virale sur BPCO ? Effet du pic de pollution ? Reprise tabagique ?
  • Ne pas négliger un artefact de mesure ou une dégradation aiguë cardiaque
  • Le piège serait de majorer d’emblée le traitement, sans revue des facteurs modifiables et vérification de l’observance

Ce cas illustre l’importance de ne pas raisonner sur le chiffre seul, mais sur l’ensemble du contexte : évolution clinique, facteurs de risque, exposition, saisonnalité.

Quel bilan complémentaire en cas de doute ?

La baisse du VEMS peut nécessiter la réalisation de bilans complémentaires en fonction de la présentation clinique :

  • Radiographie pulmonaire : recherche de foyer infectieux, atélectasie, pneumothorax, surcharge pulmonaire
  • NFS/CRP : marqueurs d'infection ou d’inflammation
  • ECG et BNP : si suspicion d’insuffisance cardiaque
  • Épreuve de réversibilité : mise en évidence d’une obstruction bronchique réversible (asthme) versus non réversible (BPCO avancée)
  • Gaz du sang : en cas de suspicion de décompensation respiratoire

Dynamique du suivi et stratégie d’ajustement thérapeutique

Selon l’explication retenue pour la baisse du VEMS, plusieurs axes d’action sont possibles :

  • Si exacerbation infectieuse : début d’antibiothérapie et/ou corticothérapie selon protocole, bilan de gravité immédiat.
  • Si exacerbation aiguë non infectieuse : ajustement de l’inhalation, éducation à l’auto-surveillance, contrôle de l’environnement immédiat (pollution, exposition professionnelle).
  • Si anomalie isolée sans symptôme : répéter l’examen dans des conditions optimales, former ou réinformer le patient à la bonne pratique du spiromètre.
  • Si suspicion de progression chronique : orientation vers bilan de fibrose/progression interstitielle, contact avec le référent hospitalier.

Dans tous les cas, la démarche s’appuie sur la collaboration active du patient et de l’équipe hospitalière, avec une attention particulière portée à la prévention des rechutes et à l’éducation thérapeutique.

Perspectives et implications pratiques pour le suivi hospitalier

Une baisse du VEMS chez un patient actif ne doit ni être banalisée, ni conduire à un sur-traitement systématique. Elle est le reflet de la vulnérabilité broncho-pulmonaire du patient dans son environnement. L’exercice clinique, notamment en centre hospitalier à Lyon, impose une rigueur méthodologique, une adaptation contextuelle et un suivi pluridisciplinaire.

La mise en synergie des ressources : expertise technique des laboratoires de fonction respiratoire, accessibilité des bilans complémentaires, participation des acteurs paramédicaux (kinésithérapeutes, infirmiers, assistants sociaux) et accompagnement éducatif du patient multiplient les chances d’un retour à l’équilibre fonctionnel, ou du moins d’une vision claire sur la trajectoire de la maladie. Ce travail collectif encourage aussi l’évolution des pratiques hospitalières vers une prise en charge toujours plus personnalisée des pathologies respiratoires, à l’écoute du patient et de ses contraintes quotidiennes.

Sources consultées :

  • Global Initiative for Chronic Obstructive Lung Disease (GOLD) 2024 – www.goldcopd.org
  • Global Initiative for Asthma (GINA) 2023 – www.ginasthma.org
  • ATS/ERS Task Force: Standardisation of Spirometry, Eur Respir J, 2019
  • Atmo Auvergne-Rhône-Alpes : Données qualité de l’air 2022-2023
  • CHU Lyon Sud, Service de Pneumologie – Données internes et RCP

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