Les critères cliniques de gravité et d’aggravation reposent surtout sur des manifestations respiratoires, mais également sur des signes généraux et hémodynamiques. Les recommandations de l’ERS/ATS (European Respiratory Society / American Thoracic Society, 2017-2023) et du GOLD demeurent les référentiels.
1. Majoration ou modification de la dyspnée
- Augmentation du degré de dyspnée : apparition d’une gêne au repos ou pour des efforts moindres (marche, habillage), alors qu’elle n’était ressentie qu’à l’effort auparavant.
- Installation rapide (en quelques heures ou jours) : différenciant d’une progression lente de la maladie.
- Notion de dyspnée paroxystique nocturne : souvent signe d’une décompensation cardio-respiratoire.
Chez 70 % des patients, l’aggravation de la dyspnée précède le recours aux soins (Wilkinson et al., BMJ 2004).
2. Modification de l’expectoration
- Augmentation du volume de crachats
- Changement d’aspect : coloration jaune-vert évoquant une surinfection bactérienne (notamment par Haemophilus influenzae, Streptococcus pneumoniae ou Moraxella catarrhalis selon Torres et al., Eur Respir Rev 2022)
- Présence de stries hématiques (attention, une hémoptysie franche nécessite un bilan spécifique)
La « triple triade » de Anthonisen demeure un repère historique : dyspnée, majoration et modification de l’expectoration, augmentation de la purulence. À partir de deux critères sur trois, le risque d’exacerbation vraie est élevé (Anthonisen et al, Ann Intern Med 1987).
3. Toux : fréquence et caractéristiques
- Augmentation de la fréquence et de l’intensité des quintes
- Toux nocturne perturbant le sommeil
- Apparition de toux associée à un sifflement ou à un wheezing persistant
Une étude récente a montré que 85 % des patients rapportaient un « changement de nature » de leur toux dans les jours précédant l’exacerbation (Seemungal et al., Thorax, 1998).
4. Signes généraux et retentissement systémique
- Fièvre ≥ 38°C (présente dans 30–40 % des exacerbations avec surinfection bactérienne, sources : SOFRES, 2022)
- Fatigue marquée, asthénie inhabituelle
- Perte de l’appétit et perte de poids involontaire, souvent à un stade avancé
La décompensation aiguë, lorsqu’elle associe des critères généraux, expose au risque de syndrome inflammatoire systémique et de décompensation multi-organique.
5. Examen physique : signes de gravité immédiate
- Fréquence respiratoire ≥ 25/min
- Utilisation des muscles respiratoires accessoires
- Signes de lutte respiratoire : tirage, balancement thoraco-abdominal, battement des ailes du nez
- Cyanose péribuccale ou distale
- Saturation en oxygène ≤ 92 % à l’air ambiant (valeurs à préciser selon l’âge, la comorbidité et l’altitude)
- Tachycardie ≥ 110 bpm ou hypotension artérielle (< 90/60 mmHg)
- Signes d’insuffisance cardiaque droite : turgescence jugulaire, œdèmes
Chaque critère, isolé ou associé, doit alerter le clinicien sur la nécessité d’une évaluation urgente, notamment en cas de BPCO sévère ou d’antécédent d’exacerbations hospitalières. (ERS/ATS 2023)